Concours d'écriture Meryl Mille
Concours d’écriture : 8 auteurs à départager
On 4 avril 2018 | 0 Commentaires

Après deux semaines de concours, nous avons aujourd’hui huit histoires et donc huit auteurs à départager. Pour rappel, nos fines plumes devaient choisir l’une des six photos exposées lors du salon Livre Paris en mars dernier. En s’inspirant de la photo choisie, chacun devait rédiger une histoire de 500 mots maximum. Je tiens donc avant tout à sincèrement remercier chaque participant et participante d’avoir pris part à ce concours, et leur souhaite bonne chance pour les votes !

Comment voter

Ci-dessous est publiée l’intégralité des histoires de nos participants pour une lecture plus facile. Sélectionnez une ou plusieurs histoires et Likez-la ou les sur la page Facebook de Meryl Mille.
L’histoire qui aura le plus de Likes remporte le concours et l’auteur la toile signée de son choix. Vous avez jusqu’à mardi 10 avril pour voter.
C’est parti et bonne chance à tous !

Pour être tenu(e) informé(e) des résultats ou des autres concours, n’oubliez pas de vous inscrire à la Newsletter et de me suivre sur Facebook, Twitter et Instagram.

Photo n°1

 

Texte publié par Caroline Descheirder-Lambert

Elle est si belle l’église de mon village, je m’en souviens comme si c’était hier. Là comme une évidence édifiée sur la place, majestueuse et toute en quintessence. Nous nous y rendions le dimanche en famille, priant, nous recueillant dans ce lieu apaisant. Ah le mystère de la foi ! J’adorai un Dieu simple et aimant mais dans un lieu trop luxueux étalant sa richesse. Puis le malheur s’abat et toute cette communauté oublie le Dieu d’amour, de tolérance et vous jette à la rue rejetant votre foi, alors j’ai prié, prié, car oui je suis un mort vivant aux yeux de mes semblables puis j’ai crié au monde :
J’ai assisté à mon enterrement
Ô Dieu. Ô miséricordieux !
En quoi ai-je mérité pareil châtiment ?
Ils m’ont agenouillé pour la cérémonie
Je n’étais à leurs yeux plus qu’une bête immonde
Alors ils m’ont couvert d’un drap blanc mortuaire
Puis le prêtre m’a jeté une pelletée de terre
Et il a déclaré que j’étais mort au monde
Par volonté Divine, il en était ainsi
Soyez maudits par vos accusations
N’oubliez pas toutes ces superstitions
Tremblez ! Vous qui me condamnez
Qu’un jour je ne revienne égorger vos enfants
Priez ! Que mon âme damnée
Ne souhaite s’apaiser d’une orgie de leur sang
On m’a donné les derniers sacrements
Ô Dieu. Ô miséricordieux !
Je dois abandonner ma femme et mes enfants
Je suis mort civilement, mon mariage est rompu
Je ne suis que lambeaux et chair putréfiée
Ils m’ont donné une robe, des sandales, une crécelle
Des gants, une panetière et une vieille écuelle
Puis ils m’ont exilé, condamné à mendier
Je suis un mort vivant dont ses pères ne veulent plus
Je suis soumis à la malédiction
Qui fait de moi une abomination
Fuyez ! Au son du moulinet
Tous les cinq ou six pas il donne l’avertissement
Priez ! De ne pas me croiser
Car je suis de la mort devenu l’instrument
Moi pauvre hère qui te croyait clément
Ô Dieu qui m’a rendu lépreux
Pourquoi m’infliges-tu pareil châtiment ?

Voter pour cette histoire
 
Texte publié par Chroniques du Parfaitmonde

Les croyants photographient le paradis
Les athées photographient l’orgue
“CHUUUUUT SILENCE !” avait crié un homme à l’endroit parfait de la nef où sa voix entrerait dans une réverbération ridiculement impressionnante. Il n’était ni curé ni prêtre et son sermon n’impressionna aucunement les visiteurs. Moi ? J’ai été payé pour prendre cette photo, c’est juste un job. J’attendais tranquillement que cet homme daigna rejoindre le hors-champ. Ce n’est pas la spiritualité ou la contemplation que je photographie dans les églises, d’ailleurs ce n’est plus ce que les visiteurs recherchent ni ce qu’ils contempleront dans ma photo. Je pourrais très bien photographier le château de Disneyland, ce serait la même chose. Entrée payante, frisson garanti, photo souvenir et pis s’en vont. Au fond de moi j’avais peut-être envie que tous nous respections ce lieu. Mais il fallait des couleurs, des lumières, de l’immensité, de l’interdit, de l’or, des sculptures, du vitrail, du mort. J’ai photographié l’orgue et les croyants ont crié au silence. J’ai cru que c’était moi, que j’avais actionné quelque chose avec mon appareil mais non, c’était à cause de tous ces gens qui se croyaient à Disneyland. Regardez la mise en scène, les couleurs criardes, la jeunesse du tout. Mais j’étais le pire de tous, j’avais réduit l’orgue au silence et condamner la foi à devoir vociférer pour exister.

Voter pour cette histoire
 
Texte publié par Mathieu Albaizeta

Il est six heures du matin et la journée débute. Voilà prés de dix ans que mes réveils me conduisent vers la fierté de notre ville, notre cathédrale.
On y est tous rentré au moins une fois dans sa vie sur la pointe des pieds ne voulant pas bousculer ce silence. On a tous dans un coin de notre mémoire le moment où l’on sent ce léger courant d’air frais qui parcoure notre dos provoquant de délicats frissons. Nos regards sont happés par la hauteur de l’édifice sublimée par de vertigineuses voûtes qui ne font qu’un avec notre âme, comme protégé par l’histoire. Intimidant, déstabilisant et étourdissant, une impression d’être ridiculement petite face à la puissance de cette architecture.
Le noir des soucis de la vie quotidienne est très vite oublié par les éclatantes colorations des fresques et des vitraux. Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ne font qu’un avec la luminosité naturelle s’invitant dans ce lieu de culte. Les colères, les cris et les pollutions sonores sont abandonnés à l’entrée de la cathédrale pour laisser place à un joli mutisme en osmose avec l’énergie se libérant de ces ancestrales pierres.
Je n’ai aucun a priori sur la religion, je me contente de faire mon travail, du mieux que je peux, tout en appréciant chaque recoin de ce lieu, je le connais par cœur. Que je sois une fois debout, puis dix minutes plus tard à quatre pattes ou même baissé à ramasser mes outils, cet endroit me réserve toujours de belles surprises. La lumière est changeante, le silence est plus ou moins intense et les pierres sont différentes selon l’angle dans lequel je les observe. Le dénominateur commun à toutes mes journées est le fait d’apprécier et d’être bien dans cette cathédrale, ma cathédrale.
Je n’ai pas fait de longues études, mon enfance n’est pas une des plus belles réussites, ma vie est jonchée de haut et de bas, mais j’ai appris à aimer et à délecter chaque joli moment de la vie. Aujourd’hui, je suis fière de me lever tous les matins pour faire le ménage dans cette immense église qui m’offre, chaque jour, son petit lot de bonheurs…

Voter pour cette histoire
 

Photo n°3

 

Texte publié par Asma Diffalah

Dehors les frangipaniers étaient en fleurs…
Réfugiée dans l’obscurité du wagon je fuyais la lumière éblouissante qui me brulait les yeux. La peau ridée de mon visage n’était plus qu’un parchemin desséché. Je regardais sans voir les rues animées qui disparaissaient à ma vue. J’étais bien ici, mes vieux os pouvaient enfin se reposer. Il ne faisait pas chaud, il ne faisait pas froid non plus.
Mon corps lourd se balançait lentement d’avant en arrière, bercée par le cahotement du train.
J’étais entrée à son service. J’avais participé aux complots ; aux meurtres ; à son ascension…Le pouvoir ! Si futile, si éphémère et pourtant la seule arme derrière laquelle les hommes ne cesseraient jamais de courir. Il n’était qu’une douce et mortelle illusion.
Je savais qu’il m’avait aimé. Aimé comme un enfant pouvait aimer sa mère ou sa sœur. Je l’avais protégé des couteaux dans le noir, des fausses paroles. Je l’avais porté lorsqu’il ne possédait rien, alors qu’il n’était rien. Je lui avais tout donné.
Le train filait rapidement. À travers les vitres sales, mes yeux épuisaient contemplaient pour la dernière fois les toits éclatants des temples d’Ayutthaya avec ses rires, ses chants et ses gens. Je fuyais la vie comme certains fuyaient la mort, sans regrets.
Je cherchais une position plus agréable. Mon dos douloureux m’élançait et les sièges de bois durs n’aidaient en rien.
Trois ans déjà… Morts. Ils étaient tous morts : Amis, amants, concubines, parents. La cour du roi était en cendre et pourtant dès demain, de nouvelles fleurs pousseraient sur les anciennes. La vie reprendrait ses droits et effacerait ce qui devait l’être.
L’odeur d’urine, d’excréments et de transpiration rendaient l’air infect mais je les ignorais, tout comme j’ignorais les bruits autour de moi. On s’y habituait. On s’habituait toujours.
Je fermais les yeux et appuyai ma tête contre le panneau de bois derrière moi.
J’étais si las de cette vie. Dans six heures j’arriverai dans ma nouvelle demeure. Toutes les dettes seront enfin payées.
J’ouvris les yeux. Un garde de Siam se tenait au-dessus de moi. La casquette brune vissait sur son crâne lui mangeait une partie du visage. Je ne le reconnaissais pas et pourtant il me paraissait tellement familier. L’homme me présenta une petite cassette en bois.
Intriguée, je l’ouvris de mes doigts tremblants et noueux.
Je découvris une petite fiole que je fixais intensément. Je n’étais pas allée assez loin… Il ne m’avait pas oublié. Rassurée, je souris. Je portai le flacon à mes lèvres sèches et respirai les effluves fruités. En face de moi le bourreau attendait impassible.
Il était temps pour moi aussi…
J’avalai le liquide sucré. Quelques secondes plus tard, une douce torpeur m’envahit. La fiole s’échappa de ma main.
Le reverrai-je dans ma prochaine vie ? Se sentira-t-il seul sur son trône froid ? Aurait-il une petite pensée pour moi ?
Tout était si confortable ici. Ce silence, cette obscurité…
« Adieu », Chuchota mon cœur enfin libéré.
Dehors, les frangipaniers étaient en fleurs…

Voter pour cette histoire
 
Texte publié par Diane Ankor

J’avais envie de pleurer mais je ne pouvais pas… Les années avaient endurci mes émotions et creusé une muraille dans mes sentiments. Je ne sentais plus mon coeur ; pas parce que j’allais mourir ; mais parce que ce que je ressentais ne pouvait se décrire.
Oui, trop de jours s’étaient écoulés… Trop de maux m’avaient possédé… Maintenant, ils semblaient partis. La nuit à me réveiller, les larmes chaudes à brouiller ma vue encore plus que la noirceur de la chambre. Les maladies qui ont épousé de temps à autre mon corps aujourd’hui éreinté. Des heures à surveiller, de ma fenêtre, de façon à ne pas être repérée. Habitant pendant un très long temps un autre pays que le mien… Cherchant désespérément meilleure vie, j’étais démunie de papiers.

Connaissez-vous la douleur qui ronge une femme abandonnée ? Avec deux enfants ? Jadis maltraitée et battue par des groupes clandestins- opposés au pouvoir- engendrant la pluie et le beau temps, faisant tout à leur aise et prétextant la démocratie. La peine que j’ai enduré à la perte de ma fille Aurore durant cette guerre civile, assassinée après l’école par balles par des tirs subites.
J’étais fatiguée… J’essayais de sourire…mais je ne pouvais. Aurore ma chérie, que tu serais fière de ta mère ! Je n’ai pas de fortune mais j’ai beaucoup travaillé.
Lebon mon fils, je l’avais appelé ainsi car il était un garçon si gentil et chaleureux. Il caressait le rêve d’une association humanitaire pour les plus faibles mais en entamant sa carrière de journaliste pour ramasser des fonds il mourut aussi par fusillade.
Que de mois de souffrances ! Mère Nature ! Le coeur d’une mère est une montagne de fissures et de force ! La cigarette et l’alcool, je les rencontrais après mes déhanchements et la satisfaction des clients puisque j’étais danseuse à la fois serveuse dans un vieux restau.
Non ! Je n’ai point honte de ma vieillesse. Mes rides s’étaient multipliés pour montrer ma fierté.
Tout ce que j’ai vécu a fait de moi cette femme qu’on a pas pu détruire. Tous mes cris, mes épreuves, mes humiliations, mes souhaits, mes échecs, mes coups de coeur, mes découvertes, mes chemins…Rien à me récompenser. Tous enfouis, bien cachés au fond de ma mémoire.
On oublie qu’il y a une pléiade de combattants, anonymes, dont leurs forces sont pires que ceux du ciné !
Je sortis brusquement de mes pensées et à travers la vitre j’admirai la nouvelle ville où j’allais passer le reste de mes jours chez une soeur perdue de vue depuis quarante ans.
Une larme coula enfin. Une seule qui me fit murmurer :
– Je n’ai pas vieilli j’ai pris de la valeur. Une grande !

Voter pour cette histoire

 

Photo n°4

 

Texte publié par Lara Pissochet

C’est ici que nous nous sommes vues la dernière fois, c’est là, à deux pas du paradis, que nous nous reverrons.
Cela faisait trois ans que je t’avais vue, toi, ma chérie, mon ange, mon amour, à Nice marchant, resplendissante dans ta petite robe rose à dentelle, tes longs cheveux blonds au vent, ton sourire si doux et tes yeux emplis de bonheur. Nous nous sommes vues pour ne plus jamais nous séparer. Un verre échangé, une nuit, une journée puis une autre et ce pendant trois ans. Trois ans de bonheur…
Je t’avais invitée pour les vacances dans ce lieu où nous avions tant de plaisirs à nous rendre chaque année. Cette plage si belle sous l’ombre que nous offrent les arbres, faisant face à la mer. La mer si douce, d’un bleu si clair. Devant nous se dressait ce gigantesque rocher.
Il y a trois mois tu t’étais entêtée à le gravir jusqu’au sommet, de là-haut, prendre une photo et sauter dans l’eau. Tu étais si confiante, la hauteur de trente mètres ne t’avait pas fait peur, du moins pas assez, car lorsque tu as sauté ton crâne a percuté un rocher et une fois dans l’eau tu n’es plus remontée et tu ne remonteras jamais.
Oui toi mon ange, toi pour qui j’avais tant d’amour, tu es morte.
Tu es partie sans un adieu sans un regard. Pourtant tu savais que sans toi vivre m’était tout à fait impossible. Si je continuais, c’était pour toi et seulement pour toi.
C’est pour ça qu’aujourd’hui, trois mois après le drame, je me trouve en haut de ce rocher, en haut de ce monstre, face au vide. C’est pour ça que je me jette à mon tour dans ce précipice. Et dans ma longue chute je revoie ton visage et je me dis que si je vis, j’arriverais là où tu as échoué et si je meurs, je viendrais te dire que ce que tu voulais était impossible.

Voter pour cette histoire
 
Texte publié par Aurore Touty

C’était le milieu de l’après-midi, il faisait bon et j’avais décidé de m’installer dans le jardin pour mettre de l’ordre dans nos albums de voyage. J’avais étalé la trentaine de photos prises en Thaïlande sur la table en plastique, un joli bordel. Je les regardais une à une, tentant de sélectionner celles qui représentaient le plus notre aventure. La tâche n’était pas facile, je les aimais toutes. Quelque peu découragée, je saisis ma tasse de thé et me rejetais en arrière sur mon siège. Sois méthodique et organisée, me dis-je. Peut-être aurait-il fallu que je t’attende ? Tu m’aurais donné un coup de main et l’ouvrage aurait été terminé en deux temps trois mouvements.
Pendant que je tergiversai, le vent se leva et balaya d’un coup de bourrasque, tout le contenu posé devant moi. Manquant de réflexes, je ne pus en rattraper qu’une seule en plein vol. En la voyant, un sourire irrépressible se dessina sur mes lèvres. C’était comme une évidence, ce cliché décorerait la couverture du recueil. Parce que ce paysage, avant même qu’il soit photographié par ton appareil, c’était une promesse un peu folle, un pari osé et compliqué mais c’était tout ce qui nous définissait. Un soir, assise sur le canapé de notre premier appartement, l’ordinateur portable sur les genoux, je faisais défiler, la mine boudeuse, les photos de vacances de nos amis sur Facebook. Et je lançai à la cantonade :
– Es-tu sûr de vouloir continuer ton chemin avec moi ?
– Oui, pourquoi ? T’es-tu exclamé en passant la tête dans l’embrasure de la porte du salon qui donnait sur la cuisine.
– Parce que je suis clouée dans un fauteuil roulant et que l’on ne pourra pas faire de superbes voyages dans des pays lointains qui nécessitent de la grimpette…, ai-je répondu d’une voix teintée de tristesse.
Tu as arrêté de t’affairer dans l’autre pièce et tu es venu doucement t’installer à côté de moi. Tu as pris mon menton entre tes mains pour m’obliger à te regarder dans les yeux.
– Je sais que l’on peut faire n’importe quoi tous les deux et je te le prouverais, m’as-tu dit, avec détermination. Où veux-tu aller ?
Toujours dubitative, mais voulant te faire plaisir, j’ai murmuré :
– La Thaïlande.
Puis, j’ai pianoté sur le clavier et t’ai montré les images de ce beau pays, ses eaux bleues turquoise, ses temples, sa culture. Et cet endroit en particulier que tu immortaliseras plus tard.
– Je vois, as-tu déclaré, avec un sourire malicieux.
Plusieurs mois s’étaient écoulés depuis notre conversation. Je l’avais presque oublié, continuant sereinement notre vie sans savoir que toi, de ton côté, tu avais préparé, dans les moindres détails, la plus belle des surprises.
Je la découvris le jour du départ. Tu avais proposé à nos amis de nous suivre dans ce projet fou. Ainsi, installée dans une chaise adaptée pour les ascensions que vous portiez à bout de bras, j’ai pu embrasser du regard ce lieu paradisiaque que je n’avais vu que sur Internet.

Voter pour cette histoire

 

Photo n°5

 

Texte publié par Tawfiq Belfadel

Dans un pays de l’Asie, il y a une plage fascinante. Unique. Les touristes viennent des quatre coins du monde pour admirer sa beauté. Dans cette plage, il y a une statue dorée, clouée sur un rocher, à quelques pas de l’eau diaphane. Semblable aux statues de Boudha, elle représente une femme tenant une flûte dans la bouche.
Splendide, la statue brille de loin. Les marins la prennent pour leur phare, leur guide. En revanche, elle demeure solitaire et délaissée: les touristes, harcelés par la canicule, préfèrent se baigner que d’admirer un objet momifié.
Grâce à mes lectures sur le Bouddhisme, j’ai découvert le secret de cette statue. C’est une femme qui venait, en compagnie de son amant, chaque soir contempler le coucher de soleil sur la plage. Ils se racontaient des histoires et échangeaient des baisers taurides. Avant de rentrer chez eux, la jeune fille jouait à la flûte pour bercer le cœur de son homme. Un jour, après avoir fait l’amour, l’amant décida de se baigner mais disparut dans les abîmes de la mer. Elle le cherchait jusqu’au matin en criant son nom, en jouant de sa flûte, sans le retrouver. On raconte qu’un esprit féminin qui habitait en mer était amoureux du jeune homme et profita de cette occasion pour le ravir. Le posséder. Déchirée par le chagrin, la jeune amante sanglotait chaque instant jusqu’à devenir une statue.
La légende raconte aussi que cette statue guérit les âmes mélancoliques. Il faut s’agenouiller face à elle et raconter son histoire. La statue écoute et absorbe toute la tristesse du pèlerin. Au moment où elle commence à jouer de sa flûte, l’âme blessée est définitivement guérie. Le son de la flûte est un signe de délivrance.
Cet été, je visite la célèbre plage. Sans intention de me baigner. Je veux raconter à la statue ce malaise qui me consume depuis des lustres. Et pouvoir enfin m’en débarrasser. Purifier mon âme. Mon histoire est tragique : j’avais une belle amante. Nous nous aimions platoniquement. Un jour, la guerre civile se déclencha et déchiqueta le pays. Elle voulait partir loin. Je refusais en lui répétant : « je serai toujours étranger loin de ma terre natale ». Elle a quitté le pays sans jamais retourner. Je pleure cette séparation jour et nuit. Seule la statue peut me délivrer de cette souffrance.
Chaque jour, je viens raconter face à la statue. Elle absorbe. La nuit, je sens un vent balayer mon âme, la purifier de l’intérieur. La délivrance est proche.
J’ai terminé mon histoire mais la statue n’a pas joué de sa flûte. Aucun son. Je lui embrasse les pieds et la supplie de me sauver. Soudain, j’entends une petite voix sortir de son instrument: « Je n’ai pas soufflé parce que tu aimes encore cette femme. Tu n’es pas prêt à l’oublier. Continue à l’aimer : aimer un absent est une sagesse non une malédiction. Moi aussi je fais de même. »

Voter pour cette histoire

Répondre